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Musique,16 avril 1998
Satyre
au flanc
Barricadez le Parlement,
fermez les églises, couchez les enfants, MONONC'SERGE s'en vient
dans la Vieille Capitale mourir pour le Canada.
Serge Robert aura beau
vous le dire, vous aurez toujours de la difficulté à le croire.
Il rencontre encore des auditeurs qui prennent au premier degré
son cynisme exacerbé. Ainsi, lorsque dans nos contrées il entonne
la chanson-titre de son nouvel album, Mourir pour le Canada,
malgré la profusion de rimes atroces (Comme le castor vaillant/
oui construit son barrage/ Ou l'orignal parlant/ Couramment deux
langages ... ), il y a bien quelques nationalistes qui s'empressent
de venir l'enguirlander. Robert alors en rajoute, s'inventant une
belle-soeur en Alberta, quelque raison de défendre le Canada...
Montréalais de banlieue,
auteur-compositeur, puis bassiste des Colocs durant quatre ans,
Robert a toujours senti que c'était sous un petit vent d'ironie
facétieuse que son talent s'épanouissait le mieux. Incapable d'écrire
des chansons sérieuses, il entame, en 1997, une carrière solo sous
le charmant sobriquet de Mononc'Serge, qu'il a hérité de ses collègues
musiciens. Dissimulé à loisir derrière ce personnage de beauf nanti
d'une voix à l'accent de Roméo Pérusse qui lui permet de lancer
les pires énormités entre deux chansons méchantes, Mononc'Serge
s'en alla d'abord croquer de l'actualité sur les ondes de CIBL,
radio communautaire de Montréal. Rapidement happé par un producteur
audacieux, il endisque quelques-unes de ses plus belles perles sur
un mini album intitulé Mononc'Serge chante 97. Un vent de
fraîcheur, une petite victoire sur le non dit, plane quelque temps
sur le Québec, hébété dans un consensus national autour de quelques
icônes. Jacques Villeneuve, Lady Di et Céline Dion font partie de
ses premières victimes. "D'la maarde, c'est d'la maaaaarde", chante
Serge. Quel média osera tourner de telles chansons sans craindre
le pire? Serge n'en a cure. Il ne s'estime même pas au bord du pire.
Désormais, pour quelques auditeurs ravis, le refrain entachera joliment
la carrière de l'insubmersible star internationale.
Drôle d'humour, en effet,
que celui de Mononc'Serge qui oscille entre le scatologique et le
parti pris politique. Pays et zizi. Pourtant, héritier de l'insolence
de Plume Latraverse et de la gouaille très authentique d'un Oscar
Thiffault, Mononc'Serge gagne sur tous les fronts. Lorsqu'il détourne
des extraits sonores de petits et grands événements couverts par
nos reporters nationaux, il démontre avec efficacité les mécanismes
d'un cirque médiatique qui tourne sur lui-même et dont nous sommes
tous, tôt ou tard, les gogos. Lorsqu'il compile les propos des masses
merveilleusement stupides, il provoque des haut-le-coeur salutaires
de l'humanité qui nous berce en son sein. Pire, lorsqu'il lâche
ses grossièretés tels des pets, le vent souffle si souvent dans
la bonne direction qu'on en redemande. Là où le poête étalait il
y a vingt ans ses espérances et ses revendications en faisant rimer
nation et passion, amour et retour. Serge Robert, comme tant d'autres,
désormais n'est plus dupe. Il préfère rire gras, jaune ou tout doucement...
avec les risques, les limites et les errements de la spontanéité.
Jeune homme bien élevé
par les frères, passablement réservé, voire incertain, Serge Robert
ne ressemble à Mononc'Serge que lorsqu'il entre en scène. Peu enclin
à analyser son oeuvre il aime bien cependant en constater les effets
sur son auditoire. Cela donne lieu à de belles anecdotes qui semblent
vouloir désormais agrémenter ses concerts. Non, et c'est presque
dommage, Céline Dion ne l'a pas poursuivi. Oui, le maire de Granby
a demandé que l'on interdise la diffusion de la chanson qu'il lui
a consacrée...
Belle insolence, en février
dernier, lors de la présentation de Rideau, Mononc'Serge, qui s'exécute
essentiellement sur des airs de rock et de folk endiablés ou sur
des musiques qui parodient ses sujets, intime aux acheteurs de spectacles
l'ordre de fermer leurs gueules même s'ils n'ont pas payé leurs
places, avant d'attaquer dans un souffle puissant les beautés immortelles
de la ville de Trois-Rivières. Début avril, Mononc'Serge se donne
à fond (et gracieusement) sur les ondes de CKRL MF lors de la levée
de fonds annuelle de la station. Points culminants de sa performance
solo, la chanson jean Charest et une vingtaine de minutes à faire
tourner des chansons québécoises sur le thème des patates laissent
son auditoire ravi. Mononc'Serge offre maintenant sa première performance
complète à Québec, Trouve-t-on plus méchante rigolade que dans l'univers
débridé de Serge Robert? Voilà, certes, une question discutable,
mais tout aussi essentielle que celle qu'il se pose au sujet des
poils de jean Charest, notre nouvelle idole nationale prête à mourir
pour le Canada.
François Desmeules
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