
Voir, no. Vol: 20 NO: 11
Musique, jeudi 16 mars 2006, p. 16

Mononc' est de retour
Robillard Laveaux, Olivier
Mononc' Serge,
spécimen hors norme, livre son septième album.
Toujours la même recette gagnante: deux pincées
de folie, un amalgame de courants musicaux et trois tasses
de textes trash.
Arrivé avec
10 minutes de retard à notre rendez-vous, Mononc' Serge
s'excuse: "Je suis complètement dans le jus avec
le lancement de mon nouveau disque. Je négocie des
tarifs pour mes pubs à la télévision
et dans les journaux. Je dois décider du nombre d'affiches
à imprimer. Je veux aussi rafraîchir mon site
Web. Je joue ce soir à Victoriaville. C'est un peu
l'enfer."
Des artistes de
la relève qui s'autoproduisent, un chroniqueur scène
locale en rencontre tous les jours. Or, rares sont les compositeurs
qui poursuivront dans cette veine après six albums
lancés, dont L'Académie du massacre vendu à
15 000 exemplaires. Lorsque la tâche devient trop lourde,
le musicien délègue, histoire de se concentrer
sur son art. Pas Mononc'. "C'est le moyen que j'ai trouvé
pour empocher le plus de sous possible par disque vendu."
Sur Serge blanc
d'Amérique, septième album lancé cette
semaine, la pièce Fred prend justement position sur
cette réalité de l'industrie musicale. Serge
y chante en duo avec Fred Fortin qu'il ne fera jamais de publicité
anti-MP3. "Avec les disquaires, maisons de disques, éditeurs,
distributeurs et gérants qui prennent leur part du
gâteau sur les revenus générés
par la vente d'albums, l'artiste ne perd que quelques sous
par téléchargement illégal. Moi, je suis
l'artiste, l'éditeur, la maison de disques et le gérant."
Comme il le clame
lui-même sur une pièce composée en 2002
(inspirée d'une entrevue à COOL FM), mais endisquée
ici pour la première fois, Serge Robert chante peut-être
pour des morons, mais visiblement, il est loin d'en être
un. Malgré les apparences, il ne consomme pas de méchante
drogue et ne se saoule que très rarement la gueule.
"En tournée avec les gars d'Anonymus pour L'Académie,
l'étiquette de Mononc' me décrivait parfaitement!
Je suis pépère à l'os. Je suis trop occupé
à gérer ma carrière."
Reste que sa marque
de commerce et principale force réside justement dans
ses textes caricaturaux où il n'hésite pas à
jouer la carte sexe, drogue et rock'n'roll. Sur Les Bed &
breakfasts, notre homme souhaite détruire les jolis
gîtes sous prétexte qu'il ne peut y rentrer tard
accompagné d'une groupie ou de trois, quatre métalleux
ben saouls.
Sur Hitler Robert,
Mononc' annonce que son enfant sera baptisé Hitler,
et qu'il foxera l'école pour jouer à des jeux
vidéo, fumer en cachette et mettre de la marde dans
les boîtes aux lettres. "La provocation m'allume.
J'aime les textes à la limite du scandale. Dès
que je pense à ces sujets, j'ai envie d'en faire une
pièce. C'est plus fort que moi. Il y en a qui tripent
à écrire des chansons d'amour, pas moi. Lorsque
je monte sur scène, je sens aussi l'obligation sociale
de divertir les gens. En ce sens, mes textes cadrent. Par
contre, dans la vie de tous les jours, je ne ressens pas cette
nécessité."
Même s'il
est moins porté sur l'actualité et qu'il renferme
Rien, la première chanson réellement "sérieuse"
enregistrée par le musicien, Serge blanc d'Amérique
mise sur une formule qui a prouvé son efficacité:
une facture sonore éclectique (du folk au métal),
des compositions aux structures complexes et une plume mordante,
intelligente, empreinte de répartie et d'une imagination
déconcertante. Bref, du Mononc' Serge classique.
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