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Voir-Québec,
Arts et Spectacles, jeudi 8 juin 2000
Esprit cynique
Tout a commencé
par un accident de parcours. Un animateur de CIBL - l'équivalent
montréalais de CKRL -
a offert à Serge Robert une chronique hebdomadaire à
son émission matinale. L'ex-Colocs hésite un moment,
puis fait une contre-offre : pourquoi pas une chronique de l'actualité
en chanson ? En se serrant la pince, les deux hommes ne se doutait
sûrement pas qu'ils donnaient naissance à un monstre...
Trois ans plus tard,
presque tout le monde a entendu Mononc' Serge louanger McDonald,
vilipender Charest et CHrétien ou se moquer sans retenue
de Jacques Villeneuve. Parions que plusieurs d'entre vous ont également
entonné dans une grâce jubilatoire le refrain de sa
première chanson consacrée à Céline
Dion : "D'la marde, c'est d'la marde!"
Treize tounes trash,
paru un peu plus tôt ce mois-ci, cofirme que Mononc' Serge
est frappé de cynisme congénital. On y constate avec
une joie non feinte - et presque coupable! - qu"il trinque
toujours au vitriol et qu'il continue à garrocher sur la
place publique des pensées que la plupart des gens mettent
dans un paquet-cadeau pour leur psychologue.
Cette fois, Mononc' s'attaque
entre autres à Bill et Monica et plonge tête première
dans la vulgarité en faisant le portrait de Simone, "une
grosse conne". Mais les trois chansons qui retiennent davantage
l'attention ce sont celles qui "vargent" sur l'industrie
du disque : Le Caniche (Luc Plamondon), La Fürher
(Véronique Cloutier) et Le Gala de l'Adisq.
"Je pense qu'il
y a beaucoup de gens qui se reconnaissent dans cette hostilité
vis-à-vis de cette culture ultra-commerciale, dit-il. Je
n'écoute jamais les radios commerciales, et pourtant, les
tounes gnan-gnan comme Le Temps des cathédrales,
je les connais toutes! Chaque fois que je fais l'épicerie,
ça me beugle dans les oreilles. Il y a des problèmes
beaucoup plus graves dans le monde, mais c'est fatiguant!"
Cas de conscience
Serge Robert assume parfaitement
les vulgarités et les excès de bile de Mononc' Serge.
Il faut avouer que son exutoire est ausssi le nôtre. ¨Ca
fait du bien de sacrer, de rire gras et d'entendre quelqu'un médire
au sujet d'une personne qu'on méprise secrètement.
Mais l'homme est un être moral. Inévitablement, notre
conscience joue au trouble-fête et on se demande alors s'il
n'y a pas une limite à toutes ces méchancetés
(presque) gratuites...
"Je ne ris pas de
n'importe quoi, j'ai des cibles privilégiées, se défend
le chanteur. C,est vrai que j'aime adopter un ton virulent dans
mes chansons... Est-ce qu'il y a une limite à ça ?
J'imagine que si j'en trace une, je vais être tellement tenté
de la dépasser qu'on ne peut pas vraiment parler de limites",
rigole-t-il.
Serge Robert n'a-t-il
jamais eu peur de se faire poursuivre? "J'imagine que même
s'ils en avaient envie, les gens dont je me moque ne le feraient
pas. Ça m'attirerait sûrement plus d'attention que
d'ennuis." Est-ce qu'il le cherche" Sincèrement?
Non! Ça ne me tente pas pantoute. Et puis sur quelle base
Céline Dion pourrait-elle me poursuivre? On a le droit de
dire que c'est de la marde! Je ne pense pas que le préjudice
que je leur cause soit significatif. Je ne vends pas des milliers
d'albums, je ne fais pas des spectacles à guichet fermé,
mon "influence sur la société" demeure marginale."
Inutile d'entamer un
véritable procès d'intention. Car à travers
ses chansons, Mononc' Serge dénonce au moins autant de bêtises
qu'il n'en beugle. J'en ai une en tête. Peggy's Cove.
Celle où il accusait le cirque médiatique qui a entouré
l'écrasement d'un avion au large de la nouvelle-Écosse,
il y a deux ans. Des jours durant, les médias ont traîné
sur les lieux, servant des inanités sur le sens de la vie
et la fatalité entre les mises à jour du nombre de
victimes.
Par une triste coïncidence,
ce battage médiatique disproportionné s'apparente
à celui qui a suivi la mort de Dédé Fortin
et que l'actuel bassiste des Colocs, André Vanderbiest, a
dénoncé dans les pages de quelques journaux. "Je
ne peux pas me prononcer sur ce qu'André Vanderbiest a écrit,
je ne l'ai pas lu. Mais je lui ai parlé pendant les jours
qui ont suivi la mort de Dédé et on a discuté
de smédias. Il me disait que les journalistes l'attendaient
devant sa porte avec des micros... À un moment donné,
ça n'a plus d'allure d'achaler le monde de même!"
L'événement
insprira peut-être une nouvelle montée de lait à
notre beauf préféré. Mais avant sa prochaine
rétrospective annuelle, MOnonc'Serge passera quelque temps
sur la route en compagnie du guitariste Dominique Lanoie. Il promet
tout un trip: "C'est une espèce de show de cuisine qu'on
va faire, explique-t-il. C'est très hillbilly, très
cabane dans le bois." Ne manque plus que l'avertissement de
routine: langage explicite et subversif qui pourrait ne pas convenir
aux enfants...
Alexandre Vigneault
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