Chez Mononc' Serge 





Arts et spectacles, samedi 1 décembre 2001, p. H3

Oreilles fragiles, prière de s'abstenir
Mononc' Serge s'offre un délire patriotique peu orthodoxe avec l'opus "Mon voyage au Canada"

Plume impertinente et allergie notoire à la censure ont fait la renommée de Mononc' Serge.

Créateur peu commun, il s'est offert un délire patriotique peu orthodoxe avec l'opus Mon voyage au Canada. En 14 haltes musicales, il nous navigue à travers le pays. Son périple est parsemé de vitriol.

Oreilles fragiles s'abstenir. Les rythmes qui promènent les textes déménagent. Les vocables et les images que font naître les 14 pièces de l'album n'ont rien de bien Fanfan Latulipe. Mais ses textes acides et acérés sont fait attendu de ses auditeurs.

"C'est ce qui a fait que ça a levé auprès des gens, cette virulence qui dérange un peu la bienséance habituelle."

Et ce ton parfois grivois, aussi, qu'il s'était pourtant promis d'éviter, cette fois.

"Je voulais me tenir loin de la vulgarité, dans cet album. J'ai véritablement fait un effort. Au début, ça marchait bien. Et puis à un moment donné, probablement que j'avais trop refoulé, tout a sorti. Fourrer a éclos. Après, je me suis laissé aller.

" Une volonté de choquer?
Mononc' Serge ne sait pas.

Mais il a cette envie de dire et cette espèce d'audace plus ou moins consciente qui l'amènent à dépasser le baromètre de la décence "politically correct".

S'il n'a pas peur de déranger, il nourrit quand même une hantise: qu'un jour, sa plume d'inspiration soit vide de son encre.

"C'est stressant quand on travaille et que ça ne vient pas."

Alors il bûche. Beaucoup. Prolifique créateur qui a conçu cinq albums depuis 1997, en plus de multiplier les initiatives sur son site Internet et à la radio.

Tout ça après avoir goûté une période creuse aux lendemains de son départ des Colocs.

"Je m'enlisais. Pour éviter de sombrer, pour me garder les neurones actives, je composais de petites chansonnettes qui jouaient à huit heures le mercredi matin sur les ondes de CIBL. J'avançais avec l'énergie du désespoir."

C'est quand même cette petite fenêtre radio qui lui a ouvert la porte pour endisquer. Mononc' Serge a un jour reçu le coup de fil d'un producteur intéressé à graver un album avec ses chansons.

"Les pièces étaient déjà toutes composées et enregistrées. On a fait le tour du répertoire, on a choisi les tounes et puis voilà! Je venais de me lancer dans l'autoproduction sans même le savoir."

Deux autres disques ont suivi. Puis un certain essoufflement. Le troisième album a reçu de moins bonnes critiques, le producteur était réticent à lancer un quatrième produit. Alors Mononc' Serge a lancé 13 tounes trash tout seul.

"C'était presque un geste suicidaire: j'ai pris mes économies et je me suis lancé. Finalement, l'accueil a été super bon. Les auditeurs ont salué."

Il réitérait donc l'expérience de la totale indépendance de production en lançant Mon voyage au Canada.

Maintenant, il fait tout. La paperasse, les comptes, les finances, la promotion. Et la création, bien sûr.

"C'est parfois lourd, gérer tous ses aspects. Mais ça me permet de vivre de ma musique, de rentrer dans mes frais et de faire les choses comme je le veux. J'aime beaucoup mieux être indépendant de cette façon."

Tremblay, Karine
ktrembla@latribune.qc.ca

Illustration(s) : Imacom

Mononc' Serge a cette envie de dire et cette espèce d'audace qui l'amènent à dépasser le baromètre de la décence "politically correct".


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