
Jeudi le 24 mars 2005 , p.B1
UNE
SAISON EN ENFER
Mononc’ Serge et Anonymus fêtent Pâques
avec leur répertoire corrosif avant de se séparer
Le mariage démoniaque
de Mononc’ Serge et d’Anonymus tire à sa fin
: au terme du chemin de croix qui les amènera à visiter
Québec, samedi, les joyeux lurons cesseront de faire retentir
leurs pièces aussi musclées qu’irrévérencieuses.
Mais puisque l’ultime spectacle a lieu à Pâques,
les fans peuvent faire brûler un lampion : une résurrection
n’est pas impossible...
« Toute mauvaise
chose a une fin, rigole Mononc’ Serge, de passage au SOLEIL
en compagnie du bassiste Oscar Souto. C’est la fin de nos
shows en salles. On fera quelques apparitions pour les festivals,
cet été, mais pour le reste, c’est terminé.
Nous repartons chacun de notre côté. C’était
de toute façon ce que nous avions prévu, dès
le début... »
Ce que l’ancien
Colocs n’avait pas soupçonné, c’est le
succès de ce copinage musical, qui lui a permis d’entonner
Les Patates, Godzilla et autre Marijuana, tandis que les gars d’Anonymus
assuraient un emballage métal à ses compositions.
En effet, quand l’album L’Académie du massacre
a vu le jour à l’automne 2003, Mononc’ Serge
disait à qui voulait l’entendre que si 3000 copies
de la galette trouvaient preneur, les meubles seraient sauvés.
Mine de rien, c’est près de 15 000 exemplaires qui
se sont écoulés à ce jour, comme quoi le métal
et la satire font bon ménage !
« Au-delà
de ce succès, ce qui est plaisant, c’est qu’on
est de plus en plus à l’aise avec ces tounes-là,
indique le chanteur. Je dois dire qu’au début, le côté
sportif des performances, de crier et de sauter partout pendant
deux heures, me faisait peur, mais finalement, ça se fait
assez facilement ! »
Mononc’ Serge,
Marco Calliari (voix, guitares), Daniel Souto (guitares), Oscar
Souto (basse, voix) et Carlos Araya (batterie) ont tellement de
plaisir ensemble, qu’ils se sont efforcés de faire
évoluer leur show au fil des représentations en y
ajoutant des costumes ou des éléments scéniques.
Pour Pâques, ils promettent quelques coups de théâtre,
grâce à un décor de 72 $ ! Des nouvelles chansons
aussi, comme Les Machines, une composition du quatuor montréalais
qu’on trouvait en piste cachée sur le disque, Je chante
pour les morons, une inédite de Mononc’ ou même
une reprise des Beastie Boys.
« Mononc’
Serge a un côté corrosif autant que nous, constate
Oscar. Les métalleux aiment bien quand ça se tape
sur la gueule. Que ce soit par la musique ou par les paroles, ça
n’a pas d’importance ! »
Pour peu qu’on
ait entendu les albums Treize tounes trash et Mon voyage au Canada,
on ne saurait être trop étonné que Mononc’
ait investi le territoire du métal. En revanche, voir des
gars issus du très sérieux milieu de la musique lourde
verser dans l’humour surprend un peu plus. Il faut voir les
instrumentistes d’Anonymus se déguiser en hommes des
cavernes ou en femmes dans le vidéoclip L’Âge
de bière, jouer les étudiants en uniforme traditionnel
pour la pochette de L’Académie du massacre ou jouer
les Romains autour d’un Mononc’ Serge crucifié
sur l’affiche du présent show, pour constater que les
sourires ont droit de cité dans la sphère métal.
« Quand ce projet-là
est né, jamais on ne s’est dit que ça pourrait
avoir un côté négatif pour nous, précise
Oscar. On n’a jamais approché ça en se demandant
si on était trop fous, parce que veut, veut pas, Anonymus
est un band sérieux, selon les règles du genre. On
a eu ben du fun à faire ça ! Il y a des gens qui nous
ont demandé si c’était bon pour nous d’appuyer
les paroles de Mononc’ Serge. S’ils ne se rendent pas
compte que c’est de l’humour, qu’ils ne nous écoutent
pas ! »
Graduation
Les gars d’Anonymus
ne sont donc pas peu fiers d’avoir gradué du Collège
d’enseignement extrême, à l’automne 2003.
En plus d’avoir élargi leur public et d’être
allés à la rencontre de leurs fans de toujours en
menant parallèlement une tournée soulignant leur 15e
anniversaire, le quatuor estime avoir beaucoup appris en côtoyant
Mononc’. Oscar se dit fasciné par le professionnalisme
de l’auteur-compositeur-interprète — qui tranche
avec la dimension anarchiste qui règne au sein de sa troupe
— et par le caractèr e achevé des créations
qu’il leur a soumis. De toute évidence, en abordant
leur prochain enregistrement, qu’ils voudraient faire paraître
au printemps 2006, les quatre compères pourraient être
riches de leur séjour au sein de L’Académie
du massacre.
Quant à Mononc’,
il admet, fidèle à lui-même, qu’il ne
sait pas trop où il s’en va. Il a en banque des chansons
de différent ordre, n’obéissant pour l’instant
à aucune ligne directrice. Sa seule certitude est une incertitude
: ses derniers concerts avec Anonymus seront filmés et donneront
peut-être naissance à un DVD, si le résultat
est bon. D’ici à son prochain séjour en studio,
le chanteur ne se tourne pas les pouces. Les fans les plus impatients
trouveront donc de quoi se mettre sous la dent au www.mononc.com,
où l’artiste prend le soin de mettre en ligne des inédits
comme cette chanson qui s’attarde à Josélito
Michaud...
« Quand il y a
une phrase qui me traverse l’esprit, je l’écris
! J’ai vu la pub de Josélito habillé tout en
blanc pendant que j’étais en auto. Alors j’ai
pris mon dictaphone pour enregistrer ce que j’avais en tête
et par la suite, j’en ai fait une toune et j’ai mis
ça sur mon site ! »
Nicolas Houle
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