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Extra, vendredi 3 août
2001, p. E3
Envol et Macadam
Mononc' Serge,
le pape du trash
De fines lunettes posées
au milieu d'un visage plutôt délicat, des manières un peu timides,
une voix polie, l'air d'avoir tout juste quitté l'oreiller... À
première vue, Mononc' Serge, né Serge Robert, a l'air de tout sauf
de ce qu'il est : le plus redoutable et le plus vulgaire des chansonniers
pamphlétaires du Québec.
Tombeur de Céline Dion
(D'la marde, c'est d'la marde, 1997), de Luc Plamondon (Le caniche,
2000), des Expos (Expos, go back home, 1998), de Véronique Cloutier
(La Fürher, 2000), de l'establishment et du bon goût en général
(on vous évite les citations), Mononc' ne pratique pas l'autocensure.
Il tire, tout simplement.
S'il ressemble peu à
ses chansons, c'est qu'il n'a jamais sciemment recherché son statut
de " pape du trash ". Pas au début, du moins.
" Mes premières tounes
avec un ton virulent, je les ai faites pour CIBL, une radio communautaire
de Montréal, en croyant qu'elles ne seraient jamais diffusées largement.
C'était une sorte de "chronique chantée" qui passait à 8 h 15.
L'auditoire était restreint... Je me suis dit que je pouvais faire
tout ce que je voulais. Et comme je traversais une période assez
creuse, j'ai écrit ces chansons avec un mélange de désespoir et
de je-m'en-foutisme ", dit Mononc'.
C'est sans doute une
bonne mesure de ces deux sentiments qu'il faut pour pousser l'audace
et le mauvais goût jusqu'aux contrées de Mononc' Serge. Ou pour
claironner à propos de Mario Dumont, par exemple : " Si j'étais
un morpion / J'aurais ma maison / Dans les pantalons / De Mario
Dumont / Si j'étais un pou / J'aurais mon igloo / Sur la caboche
du député de Rivière-du-Loup ".
Derrière
le succès
Quoi qu'on en pense,
le style remporte un certain succès, tout comme certaines émissions
de télé américaines du même acabit, telles South Park et Beavis
and Butthead, qui attirent autant les foudres cléricales et les
cotes d'écoute.
Alors, Mononc', qu'est-ce
qu'il y a derrière tout ça ? Du voyeurisme ? Des gens gênés que
fascinent les bravades grossières ?
" Il y a sûrement un
peu de ça, dit-il, avec un sourire songeur. Mais il y a probablement
aussi que dans la vraie vie, personne ne se met à hurler des insanités
autour d'une table. Il y a quelque chose de l'fun à le faire, à
se dire : ''Fuck off, je l'dis, et tant pis si ça n'est pas décent''.
C'est une sorte d'exutoire, je crois. "
Défoulement ou non, ses
ritournelles incendiaires risquent d'écorcher, au détour d'une ligne
assassine, un ego ou deux. C'est d'ailleurs certainement déjà arrivé,
le monde étant plutôt petit. Mais cela n'a jamais porté à conséquence,
assure le chansonnier du vitriol.
" Les politiciens, eux,
ils ont l'habitude. Les vedettes du showbiz, c'est différent. Mais
la plupart des gens que je vise ont quand même beaucoup de succès.
Je pense qu'ils me considèrent comme une sorte de moustique underground
qui ne peut pas nuire à leur carrière. Et ils ont raison au moins
en bonne partie, puisque les gens à qui je m'adressent ne sont pas
ceux qui aiment Céline, La Fureur, etc. " Et vice-versa.
L'avenir rapproché de
Monsieur Serge ressemble, à ce qu'il dit, à des vacances. " Je sors
mon prochain album, Mon voyage au Canada, au mois de septembre.
C'est pas mal mon horizon pour l'instant. Je fais tout moi-même.
Je n'ai même pas de gérant. Et je commence à être un peu à bout
de souffle. "
Avant de se reposer,
Mononc' sera en spectacle ce soir, à 22 h 30, au Bal du lézard,
dans le cadre du festival Envol et Macadam.
Jean-François Cliche
JFCliche@lesoleil.com
Illustration(s) : Lavoie,
André
Armé d'une basse et de
ses rimes féroces, Mononc' Serge n'a peur de rien, ni personne.
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