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Arts et spectacles, jeudi 31 juillet 2008, p. 4
ENTREVUE/ Mononc' Serge
L'accommodement au bon goût
Mononc' Serge présente pour la dernière fois
ce soir à Montréal son spectacle avec ses «Accommodements
raisonnables». Rencontre avec un parolier doué, qui
érige l'invective de mauvais goût en quête artistique.
PAUL JOURNET
Les musiciens du Sarge
Jazz Band peuvent bénir la Charte canadienne. Pendant longtemps,
Mononc' les a affublés d'habits jazz brun rétro, style
«Salt Peanuts». Puis le débat sur les accommodements
raisonnables a éclaté.
Ils ont pris connaissance
de l'article 2 de la Charte, garantissant la liberté de religion.
Ils se sont battus en Cour suprême. Leur bourreau a perdu.
Depuis, David Valentine (basse), Peter Paul (guitare) et Marc-André
Brazeau (batterie) peuvent revêtir sur scène les costumes
de leur religion respective - la communauté Hassibite, les
Apôtres du Egg Roll Infini et l'Ordre du Taj Maharde. Quant
à lui, l'Oncle a adhéré à «Al-Qanada,
un groupuscule islamo-fédéraliste qui défend
un désert d'idées».
Voilà la fable
sur la genèse du projet des «Accommodements raisonnables»,
concoctée par Mononc' lui-même.
«Après deux
ans à tourner le disque Serge blanc d'Amérique avec
le Sarge Jazz Band, j'ai voulu changer la mise en scène.
C'était au début de l'histoire d'Hérouxville.
Dans le local de pratique, un des gars a suggéré de
s'en moquer. La fable vient de là. Dans le concert, la musique
reste la même, on change seulement des interventions et bien
sûr les costumes», raconte-t-il.
Nous sommes dimanche
soir, dans un café d'Hochelaga-Est. Serge Robert se montre
affable. Un peu endormi aussi. Notre collègue Marie-Christine
Blais l'a déjà comparé à Dr Jekyll et
Mr Hyde. C'est clairement Serge Jekyll qui grignote tranquillement
son biscuit devant nous. Jekyll l'ancien étudiant en histoire
et philo, éloquent et réfléchi, au ton posé.
Mais dès qu'il
saisit la plume, l'homme se transforme en redoutable satiriste.
Il décoche flèche
après flèche trempée dans le venin pour invectiver
ses souffre-douleurs: les obèses, les hippies, le Canada
et le vedettariat québécois, sans oublier les calembours
scatologiques et l'envie de se mettre qui le démange comme
une maladie.
«Ceux qui viennent
me voir savent à quoi s'attendre, résume-t-il. (...)
En dehors de mon public, ça peut offenser un peu plus. Il
y a déjà eu un ou deux incidents, entre autres avec
la chanson Grosses torches acadiennes. Quand des Acadiens ont vu
une annonce pour un de mes spectacles, ils ont demandé et
réussi qu'on l'annule.»
Dommage pour eux. Car
Hyde Robert constitue une terrible bête de scène. Ses
délires, il les beugle tantôt perché sur un
tabouret, tantôt en se roulant par terre, en utilisant plus
sa bière comme un shampoing que comme un rafraîchissement.
«Faire ça
comme métier, c'est assez incroyable, explique-t-il en souriant.
C'est un exutoire pas possible.»
Aucune crédibilité
Depuis quelques années,
le public de Mononc' a passablement changé.
«Tout a commencé
avec Marijuana, explique-t-il. Avec cette chanson-là assez
heavy, j'ai commencé à attirer un public de fêtards.
Par exemple, des jeunes en calotte un peu saouls qui me crient:
enwouèye Mononc', astie, joue Marijuana. J'étais désarçonné
au début. C'était un nouvel univers pour moi.»
Ce contraste, l'ex-nerd du Collège Notre-Dame s'en moque
en traitant parfois son public de squeegee ou de morons, entre une
moquerie sur Laval et une référence à Haydn
ou Heidegger.
«Les gens rient,
ils comprennent rapidement que je n'ai aucune crédibilité,
s'esclaffe-t-il. D'ailleurs, je chante aussi sur scène une
nouvelle toune, Tout le monde se crisse de Mononc' Serge. Je me
dirige vers ça pour mon nouveau disque, qui devrait paraître
à la fin de l'année. Après avoir ri des autres,
je ris de moi. Peut-être que je reviens aux sources. Quand
tu y penses, ma première chanson endisquée avec les
Colocs, c'était Je chante comme une casserole.»
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En concert ce soir à
22 h à la Zone Molson Dry. Gratuit.
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