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Culture, vendredi 12
décembre 1997, p. B12
Les insolences
de Mononc' Serge
Il y aura un Bye Bye
à la place du Bye Bye le 17 décembre au Club Soda, gracieuseté de
Mononc' Serge, l'ancien bassiste des Colocs, Quarts de Rouge et
Blaireaux, devenu chanteur iconoclaste dans la plus belle tradition
plumienne. Il y a aussi un disque. On peut se préparer dès maintenant
au spectacle-rétrospective de Mononc' Serge à l'aide du tout nouvel
album Mononc' Serge chante 97, où sont dédiés quelques couplets d'une
vivifiante audace à Céline, Jacques Villeneuve, Lady Di et le maire
Duchesneau de Granby, entre autres têtes (de Turc) couronnées. Ainsi,
en rap, le valeureux vomit l'engouement inconditionnel pour Céline
Dion: "Le lancement du disque était gigantesque / Dans tous les
pays de la planète ou presque / On voyait la tronche de la chanteuse
plate / Et on l'entendait chanter toutes ses chansons plates / Oh!
bien sûr, la madame a de la voix / Mais malheureusement ça s'arrête
là." Je vous laisse découvrir le refrain, logorrhée scatologique
du meilleur goût.
L'appropriation triomphaliste
de Jacques Villeneuve par le Québec entier est également dénoncée:
"Nous sommes fiers de lui / Et nous lui pardonnons / S'il fait tant
de pollution." Pareillement, l'Ontario et ses poitrines découvertes
sont visitées dans Les Progrès de la liberté: "Je suis allé à Ottawa
/ Pour voir Sheila Copps sans Wonder Bra." L'insolent Mononc' Serge
n'épargne pas même la défunte princesse: "Au palais pas laid / Le
convoi qu'on voit / Transporte une célèbre / Marchandise funèbre."
Mononc' Serge est-il ce
"bassiste prêt aux pires bassesses" décrit par Michel Duchesneau
en entrevue radiophonique, outré par la narration du fameux incident
survenu "en face d'la mairie" ("Toujours est-il que ce jour-là /
Le maire en a pris une verrat / Pis j'serais pas surpris qu'il l'aille
méritée")? C'est Mononc' Serge lui-même (Serge Robert pour les non-initiés)
qui cite le maire de Granby au bout du fil, hilare et ravi, rappelant
qu'au départ de cette belle aventure au pays de l'ironie féroce,
il ne s'agissait pas du tout de concevoir un album, et encore moins
un spectacle: "Ce sont des chansons que je faisais semaine après
semaine pour la chronique d'actualité de l'émission du matin à CIBL,
Les Pyjamas. Je n'y pensais pas en fonction d'une diffusion plus
large. C'est pour ça que je m'en permettais en masse." On lui a
suggéré d'en faire un disque, il a dit oui.
Et ce qui s'ensuit s'est
ensuivi. De Granby est arrivée une lettre du greffier, interdisant
que l'on diffuse l'infamante chanson. Indignation inutile: les radios
commerciales, pour l'instant, se tiennent presque toutes à distance
sécuritaire de Mononc' Serge. "Je trouve ça un petit peu choquant.
Les réseaux sont tellement rigides. T'es en entrevue dans une station
en région, et l'animateur ne peut même pas faire jouer ta toune."
Le pouvoir de René Angélil est-il si grand? "Au fond, je m'en fous,
de Céline Dion. Elle ne passe pas aux stations que j'écoute. Mais
le blitz publicitaire des bios et du dernier disque a fini par atteindre
même ceux qui ne veulent rien savoir d'elle. ça devenait énervant
de n'entendre aucun commentaire qui déroge. Je me fais un peu le
porte-parole de l'opposition." Dissidents de tous pays, unissez-vous
au Club Soda mercredi.
Cormier, Sylvain
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