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Les
Arts, samedi 8 septembre 2001, p. C7
Expérience de fédéralisme extrême
Mononc' Serge réinvente la chanson d'humour politique féroce. Faire
réagir est sa mission. Coûte que coûte.
Mon voyage au Canada
Mononc' Serge, qui n'y
allait déjà pas avec le dos de la cuiller sur ses précédents brûlots,
lance à compte d'auteur une petite bombe puante de rire jaune, sorte
de crise d'écoeurantite aigüe où il vomit le Canada coast to coast,
hurlant son dégoût aussi fort que résonnent les guitares d'Olivier
Langevin. à la médiocrité, au statu quo, au laxisme, à la bêtise,
il assène ses chansons comme autant d'attentats terroristes, plus
brillamment inspiré par la colère que jamais. Voilà qu'il s'en prend
par exemple à la petite Anne, chérie du Canada anglais: "Anne dans
sa maison aux pignons verts [ ] pense croche, se rapproche et me
pogne la poche / Mes lèvres et ses lèvres se réunissent pour une
célébration du bilinguisme". Et vlan dans le symbole. Voilà qu'il
se promène ainsi 14 chansons durant à travers le Canada et débusque
dans tous les coins des bêtes à saigner. Du boeuf de l'ouest, notamment:
"En Saskatshewan y'a le musée de la police [ ] Y'a pas de show de
Jorane ni de show de la Chicane / Mais y'a Stéphan Bureau chaque
soir à Radio-Can". On le trouve aussi perdu en plein West Edmonton
Mall: "Monotone Edmonton dans la morne plaine / Chu mal rasé, j'ai
mal à tête, je n'ai plus une cenne / Les belles vendeuses font un
détour pour éviter cette loque humaine / Je suis pâle et je râle
au West Edmonton Mall".
à vrai dire, je choisis
exprès des extraits pas trop dangereux: Fourrer, Fini d'chier, Les
Grosses torches acadiennes, Destruction expriment pas mal plus explicitement
le furieux ras le bol de Mononc' Serge. Autant de chansons à la limite
du supportable (ça défrise méchamment) mais non moins salutaires,
qui ne passeront jamais à la radio, sauf Maman Dion, la plus franchement
drôle et comestible du lot: "Si nous ne prenons pas nos précaudions
[ ] Comme Maman Dion, Stéphane Dion, / Lise Dion et Benoît Dion
l'gars de son / Un jour nous serons tous des Dion () Non à la mondialisadion".
Remarquez que notre Jean Dion n'est pas visé.
Sorti sur la talons de
l'album 13 tounes trash, Mon voyage au Canada est le plus violent
disque de Mononc' Serge, voire de l'histoire de la chanson québécoise.
Un pamphlet politique sur le mode hardcore.C'est dire à quel point
il faut crier fort pour se faire entendre en cette ère saturée.
Jusqu'où Mononc' Serge va-t-il pour que bouge la foule amorphe? Il
va jusqu'à parler anglais, et vertement: "I wanna crush this miserable
beaver under my thumbs / Strangle ministers, wear brown shirts,
plant bombs [ ] Why don't you set me free, why don't you see / That
Canada is not my country". Pour l'heure, tout ça atteint de loin
la cible, dépassant à peine le bouche à oreille, faute de diffusion.
Mais ajouté à l'album de Loco Locass, à celui des Cowboys fringants
et leur chanson sur les compagnies forestières, cela commence à
faire plusieurs voix. Presque un chorus. De quoi, tôt ou tard, en
réveiller quelques-uns.
Sylvain Cormier
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